Le mois dernier on a organisé toute une semaine d’expérimentations en tous genres dans l’espace public. C’était le festival « Émissions de Spores » à Poitiers. On n’a pas chaumé avec les gamins et gamines ! J’ai mis vingt plombes à vous écrire cet article mais il fallait ça pour s’en remettre à mon âge.

 Pour commencer la semaine, on a proposé une « Cueillette » au public : qu’il vienne découvrir quatre artistes dans les rues du centre ville. Des copains et des copines qui ont monté ou re-monté une proposition pour l’occasion.

Merci aux FEDEM d’avoir magnifiquement géré le public.

 

On a pu voir Hélène Vielletoile de la compagnie Humains Gauches nous montrer les prémices de son futur solo où son « ça » son « moi » et son « surmoi » se bousculent dans son cabinet.

 

Léa Bonneaud du collectif Zone D’appui Provisoire a dansé avec la Médiathèque et toute la rue.

 

Arnaud Ladjadj nous a présenté sa première écriture de spectacle pour la rue : le concept « Star dans ma ville » qui boost le tourisme d’un centre ville par le subtile mensonge racontant qu’une star à passé sa jeunesse dans une maison du coin de la rue.

 

Aurore Zoutu nous à conté une histoire de son cru dans une petite impasse tranquille, un jeune lion qui rit des plus grands, même du roi, dans ses caricatures.

 

En bonus, un « spore » est venu se glisser dans les paniers de la cueillette : le parc à pauvre où le public pouvait – enfin – parier sur une course de mendiants, doucher à la bière une jeune chômeuse, réveiller à l’électrochoc un oisif et jouer à la « Piñata – rends nous l’pognon ».

 

Les Spores justement : le coeur du festival. Durant deux sessions différentes, on s’est retrouvé-es, une dizaine à chaque fois, pour cogiter, brasser, bidouiller des idées et des envies d’interventions dans la rue. De ces réflexions sont nées sept actions.

 

Les abeilles

Pour s’échauffer, rien de tel qu’une petite sortie en essaim. On a tenté un endroit qu’on n’a pas trop pratiqué jusqu’à présent : la zone commerciale.

 

La cordée

Ca faisait longtemps qu’on voulait le tenter et cette fois on avait le nombre et le matos : une ascension du mont Mairie par la face Est dite du « glacier de la rue de la Cathédrale ». On a faillit perdre un équipier lors de la traversée de la cascade de l’Hôtel de ville. Mais on a finit par notre bivouac avec vue sur le sommet.

Gynécologie pour homme

Un espace qu’on aime bien : le marché des Couronneries. On y a proposé une consultation gynécologique gratuite pour hommes. La docteure et son interne on ouvert un cabinet entre les légumes et la charcuterie, les patients sont venus pour un check-up complet sous l’oeil des passants.

 

La rue en Burn-Out

Pour vérifier si « l’uniforme à toujours raison », on a voulu réduire l’espace public dans une rue passante avec un dispositif précis : les employés de la ville en gilets jaunes et les spécialistes en blouses et costard. Un carré de pavé était ainsi interdit au passage pour que la rue se repose. Le badauds étaient invités à cajoler les pavés traumatisés. On a réussit à rééquilibrer la rue au final. On a même eu un coup de main d’Haré Krishna.

 

Big brother is watching you

La ville a mis en place une surveillance vidéo bienveillante : une voix s’adresse à celles et ceux qui traversent la place Leclerc pour leur indiquer la bonne conduite à suivre. S’ils marchent trop vite, si leur démarche n’est pas assez détendu, si un conflit de couple éclate, s’ils marchent trop groupés, le haut parleur est là pour y remédier.

 

Les pépites

Regarder ce qu’on en regarde pas, s’arrêter là où on ne s’arrête pas. C’était le but de ce Spore. Une dizaine de personnes réparties sur toute une rue prenaient le temps de regarder, sentir, chercher les petites pépites qu’on ne voit pas d’habitude. Un Spore de décroissance.

 

En couple

Cinq couples hétéro pour une progression théâtralisée vers la Mairie. D’abord les petites habitudes, les tocs poussés à outrance, le quotidien exacerbé. Ensuite la soumission statufiée au milieu de la rue. Puis la tendresse jusqu’à la joie qui court dans toute la rue. Une fleur offerte pousse jusqu’au coït sur le pavé ou contre la vitrine de la boucherie. S’en suit la déchirure, la grosse engueulade. On se rabiboche comme on peut sur toute une place pour finir par entrer dans l’Hotel de Ville.

 

On aura votre peau.

On finit la semaine en beauté dans le plus simple apparat. Le protocole est simple. Un dragon bleu vient se placer au milieu d’un carrefour d’une rue piétonne passante. Il met des coups de tampon encreur dans le vide. Ce compte à rebours commencé, on voit des femmes et des hommes se mettre tranquillement nu aux terrasses des cafés, au milieu de la place, dans un coin d’une rue. Un-e par un-e, elles et ils viennent déposer leurs vêtements au pied du dragon et se mettre en file devant lui. Les un-es après les autres, ils et elles avancent comme on va à l’échafaud, dignes. Le dragon leur tamponne une fesse. Ils sont passés, ils sont vivants, ils sont heureux. Soudain, la musique sonne fort et les voilà se rendant compte de leur nudité. Alors, très vite, elles et ils se rhabillent avec les fringues des autres. Le dragon est toujours là, le groupe rhabillé lui fait face. Il le menace, l’entoure, lui arrache la queue et le chasse en courant dans la rue.

 

Pour finir sur les chapeaux de roues et les rotules, rien de tel qu’une bonne vielle Chouille dans un bar ! Le Zinc a accueilli toute la famille et des copains venus enjouer la soirée : le trad-garage de Tord Boyaux, les mash-ups de Monsieur Plus et le mix de Lady Jean Michel ! Entre deux bières on a vu : des abeilles, des mariées poilus, un faiseur d’espace intime, une voyante (qui voit ton futur dans ta bière), et plein d’autres énergumènes de toute sorte. Le clou de la soirée fût la vente aux enchères de sous vêtements au profit de la compagnie. M. Larderet et Mme Corrieri de la compagnie Cacahuète jouaient les commissaires-priseurs et mes gamin-es défilaient au milieu des travaux transformé en catwalk d’occasion.

 

Cette semaine nous a bien remué-es ! On a pu jouer et tester pleinement dans l’espace public. On a fait des rencontres, on s’est découvert-es. Je tiens a remercier toutes celles et ceux qui sont venu-es jouer, photographier, organiser, filer un coup de main, faire à manger ! Ca met du baume au cœur de savoir que je ne finirai pas en Ehpad toute seule avec mes idées et envies de libertés.

Je tiens à remercier aussi Poitiers Jeunes, le Zinc et la ville de Poitiers qui m’ont fait confiance alors que moi même je ne savais pas quel serait le résultat.

On se retrouve bientôt dans le rue !

Arlette

 

crédit photos : Sophie Fleury